Raison d’être de l’association

A la naissance de leur premier enfant, les jeunes parents contemporains doivent faire face à un univers qui leur est souvent totalement inconnu, celui de la parentalité.

Parce qu’ils sont la première génération à avoir massivement connu la séparation précoce d’avec la mère et le recours aux systèmes de garde collectifs en raison du boom du travail féminin et de l’évolution de la famille, devenue "nucléaire".

Parce que le modèle de maternage et de parentalité que nous proposent les sociétés occidentales industrielles depuis quelques générations seulement est très particulier. Il est le résultat de l’intrusion du professionnel du secteur médical -et du masculin par la même occasion- dans la sphère familiale -autrefois gérée par les femmes-, avec l’invention dans la première moitié du 20ème siècle de l’obstétrique et de la puériculture qui nous sont imposées aujourd’hui, bien qu’elles soient dépendantes des modes et des cultures.

Depuis le début de sa deuxième moitié, ce modèle de parentalité, basé sur la valorisation de l’autonomie précoce, est sans cesse favorisé par l’accroissement exponentiel de la société de consommation avec tous les objets et matériels de puériculture qu’elle invente et que les industriels savent rendre indispensables.

Parce que, paradoxalement, les parents sont abreuvés de conseils -souvent différents et parfois contradictoires- fournis par les médias, les livres, le milieu médical et l’entourage familial, professionnel et amical. Ces conseils qui varient avec la génération et le vécu individuel, sont sources de confusion et d’angoisse et brouillent la confiance en leur instinct parental naturel.

Enfin, parce que les professionnels qui entourent les parents les déchargent sans cesse de leur fonction parentale en leur proposant de faire "à leur place" -mieux qu’eux, bien entendu-, à chacune des étapes qui permet normalement l’apprentissage de "l’art d’être parent" : dès la grossesse et lors de la naissance pour lesquelles nous nous remettons totalement entre les mains d’une médecine qui nous promet de donner la vie sans douleur et sans risques ; au cours de l’allaitement, que nous laissons conduire par un système médico-social rarement compétent et trop souvent péremptoire dans ce domaine ; relais encore avec le maternage et l’éducation des enfants pris finalement en charge au quotidien par une kyrielle de professionnels successifs ; jusqu’à l’instruction, confiée à un corps enseignant à qui l’on demande de pallier toujours plus, allant bien au-delà des apprentissages scolaires, aux frontières de l’éducation comportementale et du soutien psychologique.

Comme tant d’autres, notre société a connu de profonds bouleversements tout au long du siècle dernier, qui ont abouti à une redéfinition des rôles parentaux et à une modification profonde des structures familiales traditionnellement établies. Aujourd’hui femmes et hommes partagent les mêmes droits et les mêmes professions, mais qu’en est-il réellement au sein du foyer ? Devenues mères, les femmes hésitent entre maternage et carrière professionnelle, tandis que les hommes se cherchent une nouvelle identité de père. Libéré de l’obligation maritale à vie, les couples se font et se défont au gré des difficultés, réinventant sans cesse de nouvelles structures familiales.

Et les enfants dans tout cela ?

Ils sont les grands perdants de cette évolution. Certes ils sont devenus des enfants-rois, objets de sollicitations de plus en plus nombreuses, et si leurs désirs sont généralement trop bien satisfaits, leurs véritables besoins sont eux, toujours ignorés. La plupart d’entre eux doit même s’accomoder aujourd’hui de la privation de l’essentiel : un accompagnement parental stable, maternant et structurant durant la première enfance.

Or, la construction psychique des êtres humains n’a subi aucune révolution. Les besoins des enfants sont restés les mêmes qu’il y a cent ou mille ans, identiques à ceux de tous ses semblables sur la planète, car ils sont le résultat de milliers d’années d’évolution. Ne pas ou mal y répondre a des conséquences aujourd’hui largement étudiées, et entraîne la rupture d’équilibres fondamentaux, bien visible avec le cortège de dysfonctionnements que nous connaissons aujourd’hui : troubles du sommeil et de l’alimentation chez le bébé ; troubles du langage et de l’apprentissage, hyperactivité, toc et phobie scolaire chez l’enfant ; toxicomanie, anorexie, boulimie, violence et suicide chez l’adolescent et le jeune adulte ; insomnie, toxicomanie, pratiques sexuelles déviantes et dépression chez l’adulte...

Pourtant, adopter un comportement maternant et exercer une parentalité consciente ne sont pas des pratiques incompatibles avec le travail à l’extérieur du foyer familial et une certaine redistribution des rôles parentaux, d’autant que notre société semble vouloir aller vers un retour aux valeurs authentiques et aux méthodes naturelles, un plus grand recul vis-à-vis des modèles matérialistes qui nous sollicitent tant, une augmentation des temps libres et familiaux et un partage entre hommes et femmes de plus en plus réel des tâches au quotidien.

Les parents n’ont besoin que de modèles simples ayant fait leurs preuves, et de soutien à travers l’apport d’informations et l’échange d’expériences et d’idées.

C’est la vocation de l’association IDEES pour les parents : les soutenir dans l’exercice de leur parentalité, en replaçant l’enfant et la satisfaction de ses besoins au centre de la fonction parentale et le parent au centre de ses choix, que nous voulons informés et réfléchis.

Ainsi ils pourront construire une parentalité nouvelle, alliant tradition et modernité, qui soit plus respectueuse des véritables besoins des enfants.

Emmanuelle BLIN, présidente - juillet 2003

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