Dossier de la revue Non-violence ActualitéLa violence concerne l’ordre public et son traitement relève de la justice et de la police, voilà ce que l’on admet couramment. Pourtant le rapport entre violence et santé apparaît tout aussi évident quand on examine l’impact de la violence sur la santé, qu’il s’agisse de situations d’agression physique ou de pression psychologique. Les experts de l’Organisation Mondiale de la Santé montrent même que la violence est une cause essentielle de diminution de l’espérance de vie. Il est donc urgent d’élargir les champs d’investigation de la violence, non seulement pour mieux la comprendre mais aussi pour la combattre et la prévenir plus efficacement.
Considérer les comportements violents dans une perspective de santé publique consiste à prendre en compte la multiplicité des facteurs qui interfèrent (biologiques, psychiatriques, psychologiques, économiques et sociaux...), que ce soit dans la famille ou dans la société, et à examiner non seulement les manifestations immédiates de ces comportements, mais aussi leurs effets sur la vie et la santé individuelle et collective ainsi que tous les éléments qui peuvent en expliquer l’origine.
On découvre alors que la violence n’est pas une fatalité qui viendrait perturber le bon ordre des choses. C’est un phénomène qui a ses origines, son développement et ses conséquences et qui constitue un frein au développement personnel, social et économique. Il est temps que les secteurs de la santé publique, à la suite des experts de l’OMS, s’engagent dans cette approche globale du problème, puisque l’on sait maintenant que nombre de prétendus accidents ne sont en réalité que la résultante de facteurs tout à fait identifiables.
Il faut cesser de considérer la lutte contre la violence comme un système basé uniquement sur le rapport de forces, sur l’humiliation et l’exclusion. Seule, une coopération active avec les services sanitaires et sociaux peut permettre de mieux prendre en compte toutes les violences, y compris les moins médiatisées. On sait que la plupart des traumatismes surviennent à la maison et que les cibles les plus fréquentes en sont les femmes, les enfants et les personnes âgées.
Penser la violence en termes de santé publique, c’est sortir de la fatalité pour engager une politique résolument préventive. Puisqu’il est reconnu dorénavant que "savoir vivre ensemble" est un facteur de bonne santé mentale, l’éducation pour la santé et, singulièrement l’Education Nationale, doit promouvoir dès l’enfance l’acquisition de compétences relationnelles et sociales. Il en va de la promotion de la santé, il en va de la promotion de la sécurité.
Editions Non-violence Actualité, n° 269, juillet-août 2003